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GENPEI TŌMA DEN

Cours de Japonais

par sanjuro didactique, traduction, histoire, art



1UP vous offre un cours de japonais gratuit avec un démon échappé de l'enfer ! Mieux que la méthode Atlas ! En réalité, il s'agit d'un supplément en quatre petits volets s'articulant autour de Genpei Tōma Den.

Apprenons à Compter
Commençons par le plus utile : les chiffres ! Le score, les points, les continus, il y en a partout, mais ils sont illisibles pour qui ne comprend pas la langue. Remédions vite à cette situation.

Les Japonais utilisent généralement les chiffres arabes, mais parfois, dans certains contextes, notamment historiques et parodiques comme ici, ils utilisent le système des chiffres chinois. Un peu comme nous avec les chiffres romains. C'est assez simple :



zéro

un

deux

trois

quatre

cinq

six

sept

huit

neuf
 
dix


Voici tous les chiffres utilisés pour l'affichage. Dix est à l'écart, parce qu'il n'apparaît que lorsque Kagekiyo ramasse des points; vous pouvez l'ignorer. Etes-vous maintenant capable de lire le score, l'argent et le niveau de sabre ci-dessous ?



(pour connaître les résultats, placez votre souris sur l'image)


Le Titre
Une question que l'on est en droit de se poser est que signifie Genpei Tōma Den ? La traduction que l'on vous donne dans la page du test est « La Légende du Démon des Genji et des Heike ». Est-ce que tout cela rentre vraiment dedans ? Oui, et même un peu plus. Voici le titre en kanji, les caractères chinois utilisés par les Japonais :

源平討魔伝


On peut séparer ces caractères en trois « mots », comme ceci :

源平
GENPEI
討魔
TOUMA

DEN


Le premier, 源平 Genpei (se prononce Guempei), est un mot créé par la contraction de deux autres à partir de leurs premières syllabes. Une pratique courante dans la culture japonaise. Un exemple bien connu des retrogamers est Famicom, la NES nippone, qui est la contraction des mots Family Computer.

Dans le cas présent, Genpei est l'union des noms 源氏 Genji et 平家 Heike, les deux clans rivaux. Mis côte à côte, leurs premières syllabes deviennent GenHei et se lisent GenPei. Ce mot est généralement utilisé pour parler de leur guerre. Ce qui complique un peu les choses est que ces premières syllabes se lisent aussi Minamoto et Taira, et correspondent aux noms des deux familles.

Le second terme, 討魔 Tōma (se prononce To-ouma), est lui une pure invention ! Cela aussi arrive souvent, particulièrement dans les univers fantaisistes. Le mot se compose d'un kanji peu courant Tou, qui veut dire « attaquer, tuer », et d'un autre qui l'est beaucoup plus Ma, qui veut dire « démon ». Notre héros est donc un démon assassin.

Le kanji Ma est une syllabe qu'on retrouve dans plusieurs jeux vidéo connus comme 魔界村 (Makaimura), la série Ghosts'n Goblins / Ghouls'n Ghosts, et 悪魔城ドラキュラ (Akumajou Dracula), Castlevania.

Le troisième et dernier terme, Den est un kanji lui aussi très courant dans les jeux vidéo, il veut dire légende et compose le mot Densetsu, comme 聖剣伝説 Seiken Densetsu, alias Secret of Mana.

Le Début
Dès l'allumage, plusieurs écrans se succèdent. D'abord le titre, ensuite du texte en japonais, encore du texte en deux blocs, et la démo du premier niveau (où l'on se console en observant que l'ordinateur joue encore plus mal que nous). Il faut appuyer sur Run pour voir l'écran titre, où l'on est accueilli par la première digit vocale prononcée par la vieille Anda : ありがたや (arigataya), que l'on pourrait traduire par « Dieu merci » ! Ca c'est de l'optimisme.

Les deux écrans de texte qui passent rapidement n'ont pas de rapport entre eux mais sont intéressants. Voici le premier :




Ce que vous avez sous les yeux sont en fait les premiers mots du 平家物語 (Heike Monogatari), Le Dit des Heike, du XIII ou XIVème siècle, qui débute par ces lignes, avec en surbrillance le passage à l'écran :

祇園精舍の鐘の声、諸行無常の響きあり。娑羅双樹の花の色、  盛者必衰の理をあらはす。奢れる人も久しからず、ただ春の夜の夢のごとし。猛き者もつひにはほろびぬ、ひとへに風  の前の塵に同じ。
Du monastère de Gion le son de la cloche, de l'impermanence de toutes choses est la résonance. Des arbres shara la couleur des fleurs démontre que tout ce qui prospère nécessairement déchoit. L'orgueilleux certes ne dure, tout juste pareil au songe d'une nuit de printemps. L'homme valeureux de même finit par s'écrouler, ni plus ni moins que poussière au vent.

Traduction René Sieffert, 1976, Publications Orientalistes de France

Cette seconde partie du poème, qui malheureusement ne figure pas dans le jeu, résonnera aussi en nous comme au son des cloches qu'on se prend sur la tête.

Le texte en deux blocs qui apparaît à l'écran après cette citation est un palmarès, un tableau des scores sans score, décision inepte. Je vous épargne la photo cette fois-ci, mais le texte se divise comme tel : en haut, les titres (empereur, dieu...), et en bas, les noms des joueurs. Mais, chose amusante pour les Japonais, lorsque vous entrez votre nom en hiragana, le système d'écriture de base, l'ordinateur l'adapte ensuite hasardeusement en kanji, en caractères chinois, ce qui produit des noms bizarres et incongrus.

Pour comprendre en français, imaginez que vous entriez votre nom et que l'ordinateur convertisse ensuite chaque syllabe en un mot. Par exemple, Jean pourrait devenir Jeudi Antenne, et Pierre, Pissenlit Errant Retourné.

Si l'on entre aucun nom ou un qui est intraduisible, le jeu met à la place 名無子, qui veut dire « enfant sans nom » et se lit Namuko... Namco !

Les 3 Trésors
Les trois trésors que Kagekiyo doit retrouver pour vaincre Yoritomo sont mentionnés dans le dit des Heike. Mais surtout, ils existent vraiment ! Ils constituent aujourd'hui ce qu'on appelle le Trésor Impérial du Japon. Seuls des grands-prêtres et l'Empereur sont autorisés à les voir durant sa cérémonie d'intronisation. Il n'en existe aucune photographie; même leur emplacement est tenu secret.




Ces trésors sont donc l'Épée Kusanagi, le Miroir Yata no Kagami et le Bijou Yasakani no Magatama. Les magatama sont un type de pierres polies en forme d'haricot qui sont considérés au Japon comme des bijoux. Dans la barre d'affichage, c'est elle qui ressemble plutôt à un steak d'hippopotame.

L'origine de ces trésors remonte jusqu'à la légende de la création du Japon par la déesse du soleil Amaterasu. Chacun de ces objets représente une qualité : le courage, la sagesse et la bienveillance. Trois grands trésors, trois vertues... cela ne vous rappelle rien ? Mais oui ! Les Triforces de Zelda, dont Nintendo a probablement trouvé l'inspiration dans le trésor national (la forme elle ressemble à l'insigne du clan Hōjō).

Dans le jeu, l'épée est protégée par un dragon à trois têtes. C'est une autre référence mythologique. Selon la légende, le dieu du Tonnerre, 須佐之男 Susanoo affronta 大蛇 Orochi, le serpent à huit têtes et huit queues, qui chaque année dévorait une fille qu'il exigeait d'une même famille en sacrifice. Après l'avoir tué, Susanoo trouva dans l'une de ses queues l'épée Kusanagi.

Et encore...
Lorsqu'on arrive à Kyoto, et plus tard à Musashi je crois, on est accueilli par un message de la vieille Anda : よくきたの, Yoku kita no. Pas de mystère, elle nous félicite simplement d'être arrivé jusqu'ici.

Les provinces que l'on traverse existaient toutes vraiment. C'étaient les anciennes divisions du territoire japonais, avant leur système actuel de préfectures. La ville de Kamakura, dans la province de Sagami (aujourd'hui la préfecture de Kanagawa), existe toujours et se situe non loin de la capitale. Toutes les provinces du jeu sont énumérées et traduites dans notre autre supplément.

Enfin, voici deux représentations d'artistes des samouraïs du jeu. La première, à gauche, est celle de Kagekiyo. Elle date du XIXème siècle et a été réalisée par Kuniyoshi Utagawa. La seconde est celle de Yoshitsune et Benkei (assis) par Tsukioka Yoshitoshi et date de 1885.


 
le 7 mars 2019
 


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