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TEST · REVIEW · CRITIQUECONSOLE SEGA MEGA DRIVE (16-bit)


Pour atteindre le Big Boss, il vous faudra avoir la Fureur de vaincre !

Dragon – The Bruce Lee Story

Dragon – The Bruce Lee Story

Suppléments:
Adaptations :
Réalité, Cinéma et Jeux

 Mega Drive

Développeur:
Virgin

Editeur:
Virgin / Acclaim
Genre:
Combat

Joueurs:
1-3P

Dates de sortie
1995 USA
11.1994 Europe
très dur Difficulté:

82%Graphismes
85%Animation
72%Son
68%Jouabilité
71%Durée de vie

70%70%
Trucs et astuces

Contrôler les ennemis:

Dans le menu Options, placez-vous sur Movies et appuyez sur A, B, A, C, A, B. Un flash confirmera la réussite du code. Démarrez une partie en mode Story et vous pourrez diriger votre adversaire avec la seconde manette.

Encore plus dur:

Toujours dans le menu Options, placez-vous sur Difficulty et appuyez sur B, A, Gauche, Gauche, Start. Un flash confirmera la réussite du code. Un nouveau mode de difficulté intitulé « For Paul… » a fait son apparition en bout de liste.

Chi infini:

A l'écran principal Game Select, placez-vous sur Game et appuyez sur Start, C, A, B, Start. Un flash confirmera la réussite du code. Commencez une partie et donnez un coup pour remplir votre barre de chi à l'infini.

Dragon est l'adaptation par les Anglais de Virgin Software, sur Super Nintendo et les trois consoles Sega, du film éponyme d'Universal de 1993. Cette biographie romancée de Bruce Lee, réalisée par Rob Cohen, interprétée par Jason Scott Lee (sans lien de parenté) et Lauren Holly, est elle-même l'adaptation du livre de Linda Lee, la veuve de Bruce.

Mais ces transvasements artistiques n'en font pas un jeu vidéo biographique pour autant. Pour voir cela en détails, consultez notre supplément Adaptations, réalisé pour ce test, qui évoque à la fois la vie de Bruce Lee, le contenu du film et ce qu'il en reste au bout du compte dans le jeu vidéo.

On s'en serait douté, on incarne Bruce Lee. Ou plutôt, on incarne Jason Scott Lee qui joue Bruce Lee. Vous me suivez ? Dans tous les cas, on est un Lee, un Lee et rien d'autre. Contrairement à Street Fighter II mais comme dans Street Fighter (vous me suivez toujours ?), il n'y a pas de personnages à choisir. Il aurait fallu que les auteurs soient très ambitieux ou alors un peu fous pour le permettre, fous pour laisser l'histoire du Petit Dragon se dérouler telle quelle avec d'autres aspirants ou ambitieux pour créer de nouveaux modes Story.

Story est en effet le mode principal, qui retrace les scènes d'action du film. On commence par se battre contre un marin australien dans un dancing à Hong Kong, puis contre un cuisinier de Chinatown à Seattle. Durant ce combat en deux temps, Dragon révèle un de ses atouts : on peut affronter deux adversaires simultanément, et cela également entre joueurs humains. A notre ère submergée de Smash Bros, ce n'est plus aussi épatant que ça l'était alors. Mais surtout, ce qui le fait un peu moins, est que, à deux comme à trois joueurs, on incarne toujours Bruce Lee. Pas d'échappatoire possible ! Lee nous lie à lui.

Après ce match inégal, un peu d'entraînement chez le maître. Il ne s'agit en réalité que d'une phase bonus, la seule du jeu, d'inspiration streetfighterienne, où l'on tape sur un tourniquet d'exercice (mu ren zhuang, l'homme de bois). On l'avait ressenti dans les combats, mais on s'en rend compte clairement ici, la précision des coups n'est pas au rendez-vous : on tape souvent dans le vide, alors qu'on devrait faire mouche. Comme dans les comédies de kung fu, on se mange les manches tournants, mais le but du jeu n'étant pas de faire rire, le système est juste mal pensé.

Le duel suivant nous oppose à un boxeur noir (probablement Hakim du Jeu de la mort) dans le gymnase de l'université. Si l'on a bien fait les choses, on devrait à ce stade avoir accumulé un peu de chi, en entraînement ou en réalisant de beaux coups (dur, dur). Le chi, la barre bleue, permet à Lee de sélectionner un autre mode de combat parmi les trois dont il dispose. Celui par défaut est Mantis*; il est toujours disponible. En passant un cran, il active Fighter, où il est alors beaucoup plus vif, et au suivant, Nunchaku, où l'arme en question apparaît pour réaliser des coups ravageurs.

*(En fait, Virgin s'est mélangé les pinceaux et a inversé les noms : en mode Fighter, on voit clairement que Lee utilise la technique de Mantis, la mante religieuse. Le mode par défaut devrait s'appeler Fighter !)

Il peut utiliser l'un ou l'autre de ces modes tant qu'il a assez de chi pour frapper avec. S'il remplit son chi, il peut même recharger sa barre de vie, mais autant vous dire que ça n'a pas beaucoup d'occasions de se produire ! En Fighter, Lee traverse l'écran d'un saut en boule, distribue une pluie de coups comme Chun-Li. Avec les nunchakus, il est capable d'enchaîner les moulinets comme dans ces scènes époustouflantes qui l'ont rendu si célèbre. Ces deux styles puissants peuvent renverser l'issue d'un match, mais attention, le retour à Mantis est rude !

Un petit teigneux succède au boxeur, c'est Johnny Sun. Il représente la vieille école de kung fu. Comme tous les ennemis qui nous défient, il est précis et semble toujours trouver une faille dans nos attaques. Le battre met fin au jeu... dans son mode le plus facile, dit « Piece of Cake », qui n'est pourtant pas de la tarte. Mais si vous avez encore faim de violence, pas d'inquiétudes, il y a 10 duels au total, 5 modes de difficulté, 3 vitesses et 2 modes de jeu, et le multi-joueurs peut se combiner avec chacun.

La réalité derrière ces chiffres est moins flatteuse. Le mode Battle n'offre que des combats de Bruce Lee contre... Bruce Lee. Ca commence à devenir lourd ! Il ne serait pas un peu mégalo le gars ? Dans le mode Story à deux, plus de surprise, on incarne tous les deux qui vous savez. Logiquement, on se dit que c'est un mode coopération. Eh bien, non, pas vraiment. On peut lutter ensemble contre l'ennemi, oui, mais on est tout de même obligé de s'affronter pour finir le match. A cause de ça, la maniabilité est épouvantable, nos personnages ne sachant plus qui regarder, de leur rival ou de leur sosie !

La vraie fin, qui ne change jamais, n'apparaît qu'à partir du mode Normal (ou Tough, si vous ne l'avez pas d'abord fini en Easy — du moins c'est ce que j'ai cru comprendre en jouant).

Mais Dragon est un jeu où l'on bave. Et tout le monde ne bave pas de la même façon. Certains s'égouttent, d'autres dégoulinent. On nous parle beaucoup de technique, il y a même un bonus qui l'évalue (« Form », presque tout le temps égal à zéro !), cependant la jouabilité n'est pas très fine et on en revient toujours à se servir des coups véreux. Pardon, je veux dire bien sûr que l'on fait appel à l'ancienne technique secrète Shaolin du Modeste Ver de Terre Trouillard, qui consiste à s'en remettre aux deux ou trois coups qui produisent à peu près un résultat, en évitant la confrontation directe poings et pieds qui, lorsqu'elle inflige des dommages, en rapporte plus à notre personne qu'à l'autre.

Il n'y a que ça qui marche vraiment, et quand on voit de toute façon comment l'ordinateur joue, en évitant toujours de se mouiller, on ne peut pas dire que la culpabilité nous ronge !

Pour nous épauler, on ne possède que trois vies... et une forme vicieuse de continus. Une fois son dernier miroir cassé, Lee se retrouve confronté à son pire cauchemar, le fantôme ! Survivre quelques minutes à ce diable d'adversaire nous ranime, autrement, c'est terminé. Mais là où Virgin exagère, c'est à la fin du jeu, où l'on entreprend de régler définitivement son compte au fantôme. Si l'on échoue, c'est le game over pur et simple, les vies ne comptent plus ! Ils ont pensé en termes de cinéma au lieu de penser en termes de jeu, et c'est une grave erreur.

Ce n'est pas la seule. Malgré des graphismes soignés, une panoplie de coups peaufinée et une attention au matériel original, autant le film sujet que la filmographie de Bruce Lee, Dragon n'arrive pas à convaincre. C'est un maigre défouloir, qui paraît déjà trop superficiel et frustrant en cette année 1994. Pour ne rien arranger, la version Mega Drive possède des défauts de son cru.

La notice est d'une confusion telle qu'elle confondrait Confucius en personne. La liste des coups est donnée à la fois pour la manette standard à trois boutons et celle à six. Je n'ai pas testé le jeu avec elle, donc je ne sais pas ce que ça donne, mais avec trois se pose un problème insoluble. On a besoin de quatre boutons pour les coups et d'au moins un autre pour activer le chi. Sur Super Nintendo, L et R accomplissent cette dernière fonction. Mais sur la Sega, le coup fort est attribué au bouton C, et l'on doit passer du pied au poing en appuyant, en plein combat, sur Start plus une direction. C'est aussi la méthode à employer pour le chi. La pause, alors, se fait en pressant tous les boutons en même temps ! Mais quel merdier ! Autant le dire tout net : c'est injouable.

Dans un jeu où l'on ne nous laisse pas respirer, attaqué parfois de chaque côté en même temps, sans parler du fantôme qui se matérialise à son gré, comment voulez-vous prendre le temps de lâcher les commandes pour effectuer ce genre de manipulation ? Les jeux de baston sur Mega Drive sont pour la plupart handicapés de la manette. Néanmoins, avec de la pratique, on arrive quand même à s'en sortir sur sa Sega aussi. Tant pis, on garde le même coup fort, plutôt le pied, et pourvu qu'on réussisse au moins à dégainer ses nunchakus, on tient le bon bout.

Cette version se démarque aussi d'autres façons plus subtiles. La difficulté par exemple paraît un peu moins élevée, peut-être parce que la version Nintendo bouge plus vite. Visuellement, on voit bien que la Mega Drive n'a que 512 couleurs (sa rivale en a 32 768 !). Les arrière-plans ont quand même l'avantage d'être moins pales que sur Super Nintendo, mais cela reste trop sombre. Le constat est le même pour la qualité sonore. L'animation en revanche ne souffre d'aucun ralentissement, ce qui n'est pas le cas en face.

Mais ce qui perd autant une version que l'autre, c'est le fond du jeu, pas assez percutant pour résister à la concurrence nippone et aux maîtres du genre, Capcom et SNK, voire même aux seconds couteaux comme Takara.

En dépit de la nouveauté d'être trois et de la diversité des styles de combat, Dragon souffre de vieillissement prématuré. Ce n'est pas la faute au personnage unique, ni même à l'absence de quarts de cercle et autres super coups. Virgin est dans une position précaire; ils inventent, ils imitent, mais leurs tentatives sont infructueuses et les ramènent systématiquement à un gameplay vieillot, suranné, de jeux venus des ordinateurs. Un gameplay qui n'a pas sa place parmi les grandes références des années 90.

A travers ces enchaînements de coups un peu guindés, ces techniques inélégantes à la fluidité ébranlée, ces adversaires obtus et pénibles, on reconnaît un type de jeux de combat plus ancien et pourtant moins vénérable. Sifu Bruce Lee n'a jamais eu l'air aussi impuissant à l'écran. Lui-même un précurseur, le créateur d'un nouveau style de combat, il n'apprécierait certainement pas ce faux moderne, ce produit indigne de ses exploits. Tout ça, ce n'est que du cinéma, ou pire, du jeu vidéo !

le 28 décembre 2018
par sanjuro



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